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La première fois que je l’ai vue, c’était pour son anniversaire, J’avais aimé ses jambes nues et les rondeurs de son derrière. Elle était née dans les Antilles, tout près, je crois de Port au Prince Et je 'm suis dit, y a pas cette fille pour qu’elle existe, il faut qu’ j’ me pince. Elle était prise par un bellâtre, un peu fêlé, un peu cacou, Qui se vantait souvent d’ se battre avec mes potes de Port-Miou ! Si j’ l’avais près du Mugel, avec ses palmes et son harpon, J'en aurai fait du vermicelle, de la purée de goémon. Nous étions quelques compagnons à discuter dans la cuisine. Y avait un grand, un p’tit tout rond qui fit pleurer la belle chabine. Et tout d’un coup, j’sais plus comment, est survenu un bruit dément, Dans un nuage de vapeur, toute la cuisine s’emplit de peur. Mes compagnons paniquent en vrac quand le bellâtre veut met’ une claque. Qu’est-ce qui lui prend à ce minable pour qu’il me pousse sur la table? La belle hôtesse s’angoisse un peu, ses seins se gonflent sous son chandail. Aurait-elle peur pour son morveux, aurait-elle peur de la bataille ? Puis la vapeur devient épaisse, mon compagnon tout p’tit tout rond Disparaît sans laisser d’adresse et moi je m’ sens soulever d’un bond. Mais qu’est-ce qu’il veut ce grand couillon, il me serre de plus en plus fort Il veut m’faire cuire au court-bouillon, il me fracasse tout le corps, Il ne sait pas, le bel infâme, toutes les ressources que j’ai en moi Je n’suis pas près de rendre l’âme, je me défends, je me débats. J’vois sur son cou une veine mince, je serre très fort de toutes mes pinces, Son sang s’étale sur le carreau, l’anniversaire, il est à l’eau. Car, la nature, elle est cruelle, elle donne des mains pour nous manger, Et vous affirme, qu’au Mugel, un homard peut vous égorger.
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